Ballade dans la région du Verdon : Présentation de quelques espèces
La région du Verdon, avec son calcaire omniprésent, peut se prévaloir d'être une véritable mosaïque de biotopes. Les ambiances floristiques s'enchaînent avec rapidité, les ballades sur les nombreux sentiers balisés sont des occasions rêvées d'appréhender cette diversité. Si vous le voulez bien faisons un tour ensemble sur un sentier imaginaire. Vous êtes correctement chaussé ? Vous avez à boire ? Une carte, un casse croûte, une casquette et un appareil photo ? Alors nous voilà prêt à partir…
Débutons notre promenade aux alentours de Moustiers. Nous pouvons apercevoir de grands pins au feuillage vert tendre. En caressant les rameaux on est surpris par la souplesse des aiguilles : c'est le pin d'Alep (Pinus halepensis) le plus méditerranéen de nos pins. Cette portion du Verdon est encore sous l'influence très nette du climat méditerranéen, les nombreux oliviers plantés (Olea europea) en sont les témoins les plus éloquents. Le Romarin (Rosmarinus officinalis), plante aromatique bien connue, est présent, mais vous serez d'accord avec moi pour dire qu'il est loin d'être abondant. En poursuivant notre sentier il faut prendre garde à ne pas se faire griffer les jambes par l'ajonc à petites fleurs (Ulex parviflorus).          Ce buisson extrêmement épineux est reconnaissable entre mille avec ses fleurs papilionacées à odeur de noix de coco. Le sentier commence maintenant à devenir plus escarpé, le soleil tape fort, la roche est maintenant présente partout. Pour peu que le coin soit abrité du vent, même en plein hiver quand on est face au sud il fait bon ! Le chêne vert (Quercus ilex) avec ses feuilles coriaces persistant l'hiver ne vous dira pas le contraire. Il trouve refuge dans les endroits les mieux exposés et les plus chauds. Sur la rocaille, une curieuse plante en coussinet piquant est présente. Les rameaux sont rougeâtres plus ou moins piquants et la plante laisse échapper un suc laiteux quand on la cueille. Les amateurs ont déjà une idée : c'est une euphorbe, l'euphorbe épineuse (Euphorbia spinosa) pour être précis, identifiable à son port en coussinet. Sans être propre au Verdon, c'est une bonne indicatrice des milieux rocailleux bien exposés. Le sol étant de faible profondeur (quand il y en a !) la plupart des espèces sont de petite taille. L'orpin élevé (Sedum sediforme) atteint les 40 cm, il est surtout remarquable pour ses réserves d'eau qu'il accumule dans les feuilles, c'est une plante que l'on dit grasse.    La Stéhéline douteuse (Stehelina dubia) n'accompagnera pas l'orpin jusqu'à Castellane, elle est trop frileuse. Quand ses délicats capitules rosés sont absents (grosso modo ce que l'on nomme la fleur) elle peut être confondue avec l'immortelle (Helichrysum stoechas) aux capitules jaunes persistants longtemps après la floraison. L'hiver est égayé par les fleurs bleues du Turbith (Globularia alypum) qui est plus simplement un globulaire. Ne prenez pas la peine de le cueillir, ses jolies fleurs bleues noircissent en séchant Nous allons maintenant pénétrer dans les gorges en étant accompagné du térébinthe (Pistacia terebinthus). Botaniquement parlant, ses feuilles composées caduques et ses grappes de petites baies rouges sont suffisamment caractéristiques pour reconnaître l'espèce. Mais les néophytes préfèrent souvent le reconnaître à ses curieuses déformations ressemblant à de longues gousses (les caroubes de Judée), qu'ils considèrent par ailleurs comme ses fruits. Erreur, c'est un fait une galle dont l'arbuste se passerait bien, cassez-en une et vous découvrirez en son sein de nombreux pucerons qui en sont la cause. Le seigneur des gorges, le genévrier mourven (Juniperus phoenicea) est présent partout. Ses feuilles réduites à de minuscules écailles vertes le font parfois confondre avec le cyprès (Cupressus sempervirens) rarement planté par chez nous. Très rapidement nous atteignons le remarquable site de St Maurin. Les formations de tufs sont impressionnantes. La capillaire (Adiantum capillus-veneris) abonde, elle se plaît dans les rochers suintants et comme c'est une fougère, inutile de chercher à quoi ressemble sa fleur. Quand le ruisseau s'écoule sur des pentes plus douces, le sol est détrempé et c'est en bottes que l'on découvre les capitules jaune doré du séneçon herbe dorée (Senecio doria). Non, vraiment ce n'est pas la peine de se baisser pour le chercher, il peut atteindre les 2 mètres. Dans le même milieu et dans les mêmes proportions vous remarquerez sans aucun doute le cirse de Montpellier (Cirsium monspeliensis) qui, lui, possède des capitules  bleu violacé. Enfin, tout en pataugeant, l'odeur de la menthe à longue feuille (Mentha longifolia) n'a pu vous laisser indifférent, ses petites fleurs, ses longues feuilles grisâtres et son odeur en font une plante facile à reconnaître.en longeant le Verdon, en plein automne vous souhaiteriez connaître le nom de cet arbuste aux feuilles rondes d'un rouge éclatant : c'est l'arbre à perruques (Cotinus coggygria). En fin d'été, les \ldblquote  perruques" se désarticulent laissant tombées la graines au sol. Agréable ou fétide c'est à vous de décider quel adjectif convient le mieux à l'odeur de cette espèce (froissez bien la feuille entre vos doigts). Les arbres protègent du soleil, il y a le chêne blanc (Quercus humilis) que l'on appelle aussi pubescent, dira-t-on un jour humble ? Vous apercevez aussi l'érable opale (Acer opalus) reconnaissable à ses feuilles presque rondes faiblement lobées et à ses fruits caractéristiques des érables : une double samare. Dans les milieux rocailleux et ensoleillé, on croise l'érable de Montpellier (Acer monspelliensis) avec ses feuilles trilobées. Passons maintenant rapidement sur la rive gauche, attention les gués sont rares et jamais facile. L'ambiance est nettement plus fraîche voire montagnarde ! Le fayard (ou hêtre : Fagus sylvatica) forme de beaux peuplements. Le houx (Ilex aquifolium) dont les feuilles ne sont pas toujours piquantes se fait une place ici ou là. Le lierre (Hedera helix) couvre les rochers en sous-bois sur de grande surface. En plein hiver on peut être surpris de rencontrer des baies rouges (ne les croquez pas) sur une liane toute desséchée. Ce sont les fruits de l'herbe à la femme battue (Tamus communis) dont les feuilles frottées sur la peau sont sensées faire disparaître les bleus. Puisque nous sommes dans le pays de l'escalade nous allons remonter vers La Palud en grimpant sur une falaise. Ne vous étonnez pas de croiser le genévrier mourven, même sur une falaise verticale il réussit à se faire une place. Sachez tout de même que ces fameux mourvens sont suspectés d'être les arbres les plus vieux d'Europe. Leur croissance étant très lente et leur biotope inaccessible, même aux incendies, ils se développent lentement mais sûrement sur leur coin de falaise. Mais si nous l'observons de près, nous pouvons remarquer que certains rameaux sont plus jaunâtres que le reste de la plante. Vu de plus près encore, on peut s'apercevoir qu'en fait ce végétal verdâtre n'est pas du genévrier mais un parasite ! C'est le cousin du Gui (Viscum album) qui lui, est abondant sur les Pins sylvestres (Pinus sylvestris) dans les gorges. Ce cousin porte un nom à coucher dehors, on le nomme Arceuthobe qui est une traduction de son nom latin (Arceuthobium oxycedri), il parasite dans le Verdon le Genévrier mourven. C'est une espèce relativement rare. Dans les interstices rocheux vous trouverez une petite plante rameuse aux feuilles linéaires et aux fleurs jaunes, c'est un Fumana (Fumana procumbens), juste à coté vous pouvez apercevoir un petit coussin avec des fleurs minuscules blanchâtres, c'estun Gaillet nain (Galium pusillum) qui n'existe que dans le sud est de la France. Entre deux prises, vous remarquez (c'est bien !) la ressemblance entre les fleurs du turbith et celles d'une plante prostrée, bonne remarque ce sont deux cousines : vous avez devant les yeux la globulaire naine. Enfin, avant de parvenir au sommet on finit par se laisser intriguer par ces touffes fournies dépassant de la roche. La botanique n'ayant plus de secret pour nous, nous reconnaissons là une graminée, c'est une stipe (Stipa offneri) identifiable à ses très longues arêtes dépassant des fleurs. s sommes maintenant proche du village, en regardant en bordure de chemin, les yeux sont attirés par une belle plante aux fleurs violacée poussant dans les marnes : pas de doute c'est la Matthiole triste (Matthiola tristis) de la famille du Colza. Une autre graminée remarquable attire immédiatement le regard, son nom commun de plumet permet de la reconnaître sans hésitation. C'est la Stipe plumeuse (Stipa pennata). Nous voici arrivés à La Palud, le plan est recouvert de roseaux (Phragmites australis) cette grande graminée qui figure sur le blason de la commune. Au printemps les prés se couvrent de Narcisses des poètes (Narcissus poeticus), en automne de colchiques (Colchicum autumnale) et en été… en été… Mais en été vous aurez sûrement quelques jours de libres pour venir voir par vous-même les fleurs qui poussent dans les prés, les champs, les bois, la rocaille, A bientôt !