"Le blé du pain de l'amour, qui annonce au village de nouveaux enfants."
LA PALUD SUR VERDON - GRAND CANYON
Parc Naturel Régional du Verdon (commune adhérente)
La Palud sur Verdon village au coeur des Gorges
Réserve géologique de Haute Provence
Agence de Développement Touristique 04
Que les gorges sont belles !
Peu de gens s'opposeront au fait de dire que le site des gorges
du Verdon est remarquable au point de vue paysager.
Falaises abruptes aux couleurs nuancées, parcelles de verdure
qui se développent sur des balcons naturels, rivière émeraude
et ciel bleu quasiment toute l'année font l'unanimité.
Ce qui est par contre bien moins connu du grand public c'est
la valeur biologique de ce site unique en Europe. Le terme unique
est important. Les espèces évoluent au cours du temps (et pas seulement depuis que Darwin a énoncé les principes de l'évolution des espèces !) certaines apparaissent et d'autres disparaissent.
La richesse du Verdon tient au fait que des espèces lui sont endémiques, c'est à dire qu'elles n'existent à la surface de notre planète uniquement dans les gorges (ou à proximité immédiate).
Le site étant unique et les espèces étant adaptées à ce site,
elles ne trouvent pas d'autres milieux équivalents à coloniser.
De l'importance à faire reconnaître
son trésor.
Grosso-modo pour les autres espèces endémiques le problème fut le même.
La question étant toujours de savoir quelle est la réalité biologique qui se cache sous une forme qui semble être propre à un lieu donné.
Tel botaniste considérera que c'est une espèce valable, tel autre pensera le contraire : le tout est une affaire de consensus. Parfois tout le monde se met d'accord : la Doradille de Jahandiez est une vraie espèce. Parfois c'est plus difficile, actuellement le Raiponce de Villars n'est plus considéré comme une espèce autonome, il est rattaché à une autre espèce. Et hop, une endémique qui disparaît ! (Si toutes les plantes rares disparaissaient de cette façon, les protecteurs de la nature cesseraient de se faire des cheveux blancs.)
Dans la présentation qui va suivre les différents taxons ont été présentés, dans la mesure du possible,
en privilégiant le statut d'espèce.
Un trésor est caché dans le Verdon.
De nos jours les botanistes sont tous d'accord pour dire que les gorges
du Verdon possèdent une grande valeur biologique, mais la découverte
de ce trésor n'a été ni rapide ni évidente aux yeux de la science.
La première raison est historique : les gorges, ne serait-ce qu'au début du XX ème siècle, n'étaient pas aussi accessibles qu'aujourd'hui !
Les botanistes, comme toute autre personne, avaient des difficultés pour se rendre sur le site qui ne bénéficiait à cette époque d'aucun attrait particulier. La deuxième raison est propre aux sciences naturelles. En 1911, le professeur R. de Litardière observe une fougère provenant du grand canyon, découverte par E. Janhandiez botaniste varois.
La morphologie de la plante lui rappelle Asplenium fontanum : la Doradille des fontaines. Cependant des détails ne concordent pas avec cette espèce. Il pense donc tout naturellement être en présence d'une sous-espèce qu'il nomme A. fontanum subsp. jahandiezii en hommage à son découvreur. Deux ans plus tard, Le célèbre botaniste Rouy, en étudiant cette fougère du Verdon, pense qu'il s'agit en fait d'une nouvelle espèce qu'il nommera dans sa flore de France A. jahandiezii. Depuis ce jour, cette fameuse fougère du Verdon a acquis ses lettres de noblesse, c'est une espèce bien distincte qui n'a jamais été trouvé ailleurs que dans le Verdon. Les récentes études caryologiques ont confirmé le fait que A. janhandiezii est une entité biologique autonome. Le Verdon n'a pas besoin de chercher ailleurs son joyau. Bien entendu, ce résumé est caricatural et réducteur quant à la façon dont se développent les concepts en science.

Les espèces remarquables : |
Les stars (espèces protégées au niveau national) : |
               Gagea pratensis
Euphorbia graminifolia :
Cette Euphorbe pousse dans les lieux humides ce qui est peu courant pour ce genre de plantes qui ont une nette préférence pour les biotopes secs (et que dire des Euphorbes des déserts !). Cette espèce n'est pas facile à distinguer, plusieurs espèces peuvent prêter à confusion ; sans entrer dans le détail c'est l'étroitesse de ses feuilles (qui lui a valu son nom : à feuille de graminée) qui permet de la reconnaître, mais ce critère est loin d'être suffisant.
Cette espèce a longtemps été considérée comme endémique du sud-est de la France, elle existe cependant dans les Pyrénées-Orientales. C'est donc une espèce encore imparfaitement connue.
L'Euphorbe à feuille de graminée est protégée sur l'ensemble du territoire national.
Elle fut citée de Rougon en 1910 et elle n'a pas été revue récemment. En fait pour être précis c'est Euphorbia esula subsp. thommasiana qui a été vu à Rougon mais ce nom est synonyme d'Euphorbia graminifolia. Cela semble être donc la même chose sauf que certaines flores n'admettent pas l'égalité de ces deux noms et dans ce type d'interprétation l'espèce vue en 1910 n'est pas l'espèce qui est protégée au niveau national.
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Inula bifrons :
Cette espèce atteint en France les limites occidentales de son aire de répartition. Elle est reconnaissable à son touché visqueux du à un grand nombre de poils glanduleux qui recouvrent son épiderme. Les fleurs jaunes sont de type marguerite ; traduction botanique de fleurs réunies en capitule. Les feuilles, excepté celles de la base, embrasse la tige lui donnant ainsi un aspect ailé. Le simple promeneur pourra confondre cette espèce avec l'herbe aux mouches : Inula conyza qui est bien plus fréquente.
L'Inule variable a été citée anciennement de Castellane sans autre indication de précision, du fait de son écologie tolérant la rocaille jusqu'à forêt, les biotopes potentiels sont nombreux dans les gorges et il ne serait pas surprenant d'en trouver d'autres pieds.
Inula bifrons est protégée au niveau national.
Les vedettes (espèces protégées au niveau régional) : |
Arenaria cinerea :
On pourrait dire que cette espèce est réservée aux botanistes. Elle fait partie de la famille des Caryophyllacées qui contient un grand nombre d'espèces morphologiquement proches et difficiles à déterminer car il faut prendre en compte un grand nombre de critères. Cependant son allure suffit à la distinguer, cette Sabline possède des fleurs blanches avec des sépales ciliées sur la nervure, la plante est de couleur cendrée.
C'est une espèce endémique de la Haute Provence dont l'abondance semble avoir été surestimée. La Sabline cendrée mériterait une protection nationale.
C'est dans les éboulis fins, parfois dans les pelouses rases que l'on peut trouver cette espèce. De nombreuses stations sont situées en bordure de route et sont donc particulièrement vulnérables.

Delphinium fissum subsp. fissum :
Les Dauphinelles sont des plantes de grande taille (et grandement toxique comme la plupart des représentants de la famille des Renonculacées !) qui doivent leur nom à la forme d'un de leur pétale qui évoque un dauphin : sacrés botanistes, quelle imagination ! Autre caractéristique de ce genre, les fleurs ont une symétrie verticale (comme les ailes d'un papillon et non comme une étoile). Cette Dauphinelle peut se reconnaître à ses feuilles, qui sont divisées en fines lanières et dont le pétiole enveloppe la tige dans une très longue gaine.
Elle pousse de préférence dans les rocailles, au pied des falaises en situation bien exposée.
De fait de la beauté de ses fleurs bleues, cette espèce est directement menacée par la cueillette sauvage. Ses stations sont situées aux alentours du Pont de Carajuan et sont menacées par l'abondance des promeneurs. Dans toute la région, cette Dauphinelle est toujours rare et en faible effectif qu'il convient de préserver.
Molopospermum peloponnesiacum :
Cette grande Ombellifère (sa fleur ressemble à celle du Fenouil) peut atteindre deux mètres de haut et cependant elle n'a pas été revue depuis longtemps. Peut-être que les chamois la connaissent mieux que les botanistes, en effet cette plante affectionne les pentes raides caillouteuses ou les éboulis.
Mis à part sa taille, ses feuilles sont aussi caractéristiques car elles sont profondément
découpées en segments aplatis.
Cette espèce a été citée de Castellane, il y a peu de chance qu'elle ait disparu. Comme c'est le cas dans les alpes Maritimes, il est probable que l'espèce soit sous-observée dans les gorges du Verdon.
Etant inaccessible, ce Moloposperme n'est pas menacé directement par les actions humaines, l'espèce est protégée au niveau régional.
Polygala exilis :
Les Polygalas tirent leur nom de la propriété qu'ils ont de favoriser la production de lait. Le Polygala grêle possède-t-il aussi cette propriété ? Il est si peu commun que ce n'est pas cette espèce qui fera augmenter la production française. Facile à reconnaître, cette espèce croit sur les bords des rivières, de préférence avec des graviers. Les fleurs, que vous gagnerez à observer de près, mesure un peu moins d'un centimètre et sont de couleur rose pâle, elles sont disposées en grappes peu fournies.
Cette plante a été citée de Castellane et il est probable qu'on la trouve un jour plus en aval dans les gorges. Elle est protégée au niveau régional.
Sedum fragrans :
Cette espèce a été découverte récemment dans les gorges en une seule localité, sa distribution française était jusqu'alors limitée aux Alpes Maritimes où elle reste rare. Cet Orpin est reconnaissable aux poils glanduleux qui le recouvrent. La plante mesure une vingtaine de centimètre, elle est d'aspect fragile, cassante et les fleurs sont peu nombreuses. Les Orpins sont des plantes grasses, elles stockent l'eau dans leurs feuilles qui, prennent un aspect plus ou moins boudiné.
L'Orpin à odeur suave (les traductions littérales ont toujours de la classe…) pousse dans les fentes de rochers abritées de la pluie. La paroi doit être humide et ombragée. Ces biotopes étant difficiles d'accès, l'espèce ne semble pas directement menacée ; mais en contre partie la présence de cette espèce
dans le Verdon est peut-être sous évaluée.
Sedum fragrans est protégé au niveau régional.
Viola jordanii :
Cette violette n'est pas très difficile à reconnaître. Sa couleur vert tendre, ses tiges dressées et ses fleurs (inodores…) bleues pâles sont des critères qui pourraient suffire. Cependant, le critère déterminant est la taille et la forme des stipules. Grosso modo pour les néophytes, sur les nœuds supérieurs de la tige on a l'impression que les feuilles vont par 3 : en fait il y a la feuille et deux expansions à sa base (les stipules) qui miment des feuilles. Quand vous l'aurez vu vous comprendrez mieux…
Cette espèce, toujours rare et protégée en région PACA, elle n'apprécie pas les ambiances trop chaudes des milieux méditerranéens ni les ambiances trop froides de la haute montagne. Ainsi on peut la trouver sur les bords des cours d'eau, dans les sous-bois clairs
ou encore en bordure de forêt.La violette de Jordan n'a pas été revue depuis plusieurs décennies sur la commune
de Castellane où elle était signalée. Elle est donc à rechercher.
Le VIP (espèce protégée au niveau départemental) : |

Asplenium petrarchae :
Cette curieuse petite fougère affectionne les fentes de rocher exposées au sud, c'est une espèce strictement méditerranéenne qui se trouve en limite d'aire dans les gorges, d'ailleurs elle ne pénètre qu'à peine dans les gorges. Facilement identifiable sous une loupe ou avec de bons yeux, la Doradille de Pétrarque possède sur ses feuilles des poils glanduleux ce qui lui confère un aspect très légèrement velouté (contrairement aux autres fougères qui sont glabres).
Enfin si vous n'avez pas de loupe, observez donc le rachis :
il est noir à la base et devient vert sur le haut de la feuille.
Cette fougère très rare dans les gorges est bien plus commune à proximité du littoral, malheureusement elle pousse sur des biotopes qui intéressent aussi les grimpeurs. La principale menace qui pèse sur cette espèce est l'ouverture de voie d'escalade là où elle est présente. Une sensibilisation des sportifs est nécessaire. La Doradille de Pétrarque est protégée dans le département
des Alpes de haute Provence.
